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L’industrie pharmaceutique ou le mensonge institutionnalisé


Si les progrès de la pharmacopée actuelle demeurent incontestés, l’avalanche de scandales qui touche l’industrie pharmaceutique et des médicament reste importante. Le manque de transparence va alors contre l’intérêt de la santé publique. Analyse d’une marchandisation croissante de notre système de santé.

Énième pavé jeté dans la mare du grand flou des compagnies pharmaceutiques, le philosophe et historien Mikel Borch Jakobsen éclabousse la blancheur immaculée d’un système de santé décidément à la dérive.

L’ouvrage définit alors ses intentions dans un titre évocateur, Big Pharma, comme pour évaluer le colosse vertigineux à ébranler.

Il faut dire que l’auteur a su s’entourer de personnalités expertes sur le sujet pour en retirer des témoignages justes. Médecins, experts en santé publique, ex-directeurs de communication de grands laboratoires, lanceurs d’alerte… les langues se délient d’un silence qui a trop duré. Il s’agit alors de dénoncer un système où les intérêts financiers prennent le dessus sur ceux de la santé publique.

Des études scientifiques volontairement falsifiées

« La transparence de l’industrie pharmaceutique s’arrête là où ses intérêts financiers commencent ».

Cette citation de Philippe Masquelier, médecin généraliste et vice-président de l’association Formindep* est évocatrice.

L’agonie éthique de l’industrie pharmaceutique commence par le manque de transparence dont elle fait preuve. Notamment lors de la publication des résultats de ses études à la communauté médicale et scientifique.

On déplore en effet que la majorité des laboratoires publient eux-mêmes des données scientifiques sur les médicaments dont ils sont les fabricants. Tout ceci sans avoir recours à d’autres laboratoires d’études indépendants.

Il en résulte des test médicamenteux falsifiés qui vont augmenter exagérément les bienfaits du produit à mettre sur le marché. Les résultats qui ne satisfont pas les objectifs des entreprises sont ignorés. Cela empêche ainsi une évaluation juste sur le médicament.

Il en a été ainsi concernant les bienfaits des statines, médicaments anticholéstérol. Selon la revue américaine médicale JAMA, 40 études réalisées par des laboratoires pharmaceutiques sur 44 obligent les chercheurs à signer une charte de confidentialité. Ce contrat dissimule une obligation à ne communiquer que les études qui attestent de l’efficacité du médicament en passant sous silence l’ensemble des tests négatifs constatés.

Les médecins n’ont alors accès qu’à des études pré-sélectionnées par les laboratoires et sont condamnés à ne pas avoir de véritables connaissances sur les molécules qu’ils prescrivent à leur patient.

De ce fait la plupart des nouveaux médicaments mis sur le marché ne sont pas plus efficaces que leur prédécesseurs. Quand ils ne sont pas également plus dangereux pour les malades.

Le médicament est un produit de consommation ordinaire

Dans son ouvrage Bad pharma, le médecin anglais Goldacre déplore l’impuissance des régulateurs gouvernementaux dans la vérification des données communiquées par les laboratoires.

Même l’EMA, l’agence qui surveille et valide les médicaments de l’ensemble du territoire européen se refuse délibérément à jouer le jeu de la transparence. En juin 2007, le centre d’étude sur les médicaments Cochrane a réclamé à l’EMA les protocoles expérimentaux concernant deux médicaments utilisés dans les cures d’amaigrissement, l’Oristat et le Rimonabant.

L’EMA a refusé de communiquer les rapports prétextant la protection des intérêts commerciaux des compagnies pharmaceutiques. Un aveu relativement scandaleux puisqu’il prouve combien l’enjeux économique est plus important que les risques encourus par les patients.

Le centre Cochrane a du faire appel au Médiateur européen afin que l’EMA consente enfin à publier toutes leurs données recensées sur les deux médicaments en étude. La réputation de l’EMA ne fut qu’un peu plus mise à mal quand le Rimonabant dû être retiré de la vente en 2009 car il présentait effectivement  des risques psychiques graves allant jusqu’à des suicides chez certains patients.

Industrie Pharmaceutique et marketing

L’enjeu marketing que représente la vente de médicaments aujourd’hui suffit à remettre en question les véritables intentions de l’industrie pharmaceutique. Surtout lorsque l’on sait qu’elle est capable de dépenser des sommes astronomiques en campagnes publicitaires pour influencer la médecine dans ses choix thérapeutiques.

Selon l’enquête de Mathieu Ricard dans son livre Plaidoyer pour l’altruisme, près de 25% du prix de vente d’un médicament servirait à couvrir les dépenses publicitaires. Rien qu’au Etats Unis, près de 60 milliards de dollars sont dédiés à la publicité chaque année, soit l’équivalent du PIB d’un pays comme la Bolivie.

Le New England Journal of Medicine reçoivent près de 20 milliards de dollars par an des entreprises pharmaceutiques. En France, nous pouvons aussi entendre chaque hiver en radio des annonces sur le vaccin contre la grippe.

Conscients de l’impopularité massive rencontrée par le vaccin ces dernières années, les industries pharmaceutiques n’hésitent plus à payer très cher des personnalités médiatiques pour convaincre de la nécessité de la vaccination.

L’ère du Tout-Médicament est arrivée

La liste des manipulations à peine dissimulées afin de détourner l’usage des médicaments pour en faire du profit est longue. Les récents scandales très médiatiques autour des dangers des statines dévoilent en fond de tableau la situation. La volonté des industriels est de mettre en place une société du Tout-médicament éminemment fructueuse.

Dans le cas de l’hypercholestérolémie, les laboratoires n’hésitent donc pas à baisser toujours plus les valeurs seuil de diagnostic afin d’accroître le nombre de malades. Le secteur psychiatrique va même jusqu’à vouloir transformer nos petits traits de caractères en névroses psychiques à traiter.

Certaines pathologies graves sont aussi délaissées pour leur manque évident de rentabilité. Par ailleurs, certains laboratoires planchent déjà sur une molécule qui guérirait la timidité.

L’industrie pharmaceutique représente un chiffre d’affaires mondial de 900 milliards de dollars. Elle est beaucoup plus lucrative que le marché du sexe qui lui n’en dépasse pas 50. Mais il faut bien avouer que les compagnies pharmaceutiques ont une organisation redoutable. Elles excellent alors dans l’art du racolage auprès des professionnels de santé.

Aussi, certaines compagnies pharmaceutiques vont même jusqu’à acheter les faveurs des médecins. Cela se traduit par l’offre de séjours très attractifs dans des endroits à la mode. 

Enfin, pour espérer fidéliser une clientèle toujours plus large, les visiteurs médicaux ont aussi pour mission d’effectuer leur propagande jusque dans les hôpitaux et les facultés.

Une industrie pharmaceutique autoritaire

Au fil des années, l’industrie pharmaceutique a largement contribué à faire de la médecine allopathique la seul médecine possible.

Le procédé le plus efficace utilisé est le maintien de la population dans la peur. Cette stratégie passe alors par des campagnes de prévention effrayantes et culpabilisatrices. Elles sont capables de nous faire croire qu’échapper à son diktat nous ferait encourir une mort certaine.

Sa stratégie vise également à nous avoir par le porte-monnaie. En effet, elle s’impose comme étant la seule médecine jusqu’alors remboursée par la sécurité sociale. Une diabolisation des thérapies alternatives existe aussi à cause d’esprits cartésiens.

On assiste désormais à l’émergence de nombreuses maladies complexes difficiles à traiter. La médecine allopathique a tout intérêt à potentialiser les chances de guérison des malades en s’alliant à d’autres thérapies efficaces.

Une union nécessaire pour revenir à un système de santé altruiste. Car n’oublions pas ce précepte d’Hippocrate malmené par les conflits d’intérêt : Primum, non nocere (d’abord, ne pas nuire).

Industrie Pharmaceutique : en savoir plus

* Formindep: collectif fondé en 2004 qui vise à « favoriser une formation et une information indépendante de tout autre intérêt que celui de la santé des personnes »


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